Entretien avec Forez-Info

ENTRETIEN AVEC FOREZ-INFOS

André PICON, vous êtes président des Films du Hibou depuis combien de temps ?

L’origine des Films du Hibou,  il faut la chercher dès mars 1963 , à l’occasion du premier Festival du Cinéma Indépendant de Saint-Etienne. A cette époque, jeune instituteur, j’avais fait mes gammes cinématographiques à l’aide d’une petite caméra 8 mm,‘Urfée’ fabriquée à Saint-Etienne par Blanchard et Jourjon avec les enfants de l’Ecole de Plein Air que dirigeait Roger LOUIS-TARDIEU.

Dans ce contexte d’école-colonie de vacances, j’ai pu mesurer et expérimenter l’impact de l’image sur nos jeunes élèves ;ainsi naquirent entre 1957 et 1959 une série de courts métrages en 8 et 16mm que j’ai formaté en DVD.

ET LE FAUCON 8mm -LE PIERROT QUI DANSE,chanson filmée 8mm-SI T’AS ÉTÉ À TAHITI ,chanson filmée 16mm-MORON ET L’OURS 16mm- VIVE LE PLEIN AIR 8mm scope

DVD « SOUVENIRS DE LÉCOLE DE PLEIN AIR

Comment avez- vous appris  les techniques de la prise de vues ?

En pratiquant beaucoup et en suivant les séances du Caméra-club stéphanois et du Club cinéaste enseignant qui filmait les Fêtes de la Jeunesse.

De cette période je peux vous montrer des films comme : -LE MARCHÉ DES URSULES 8mm noir et blanc, que je viens de publier sur YouTube:

Puis il y a eu des films comme:  LA FÊTE FORAINE (8mm couleurs) ou  AU DIABLE LA SÉRIE NOIRE (8mm scope), prototypes de films très appréciés des caméra-clubs.

En scope comment était-ce possible ?

Prisme du scope

Quand on est passionné ,on tente toutes les expériences et je trouvais à ‘Photo-Palette’ rue Georges Teyssier un magasin qui louait des films 9,5 ( Charlot,Mac Sennet,Méliès,Buster Keaton, Laurel et Hardy..) qui faisaient la joie de mon environnement familial.

Le Pathé-Baby le projecteur du cinéma à la maison

Son propriétaire Monsieur André Cizeron était un commerçant très à l’écoute des cinéastes amateurs ; il lui arrivait même de filmer des événements de Saint-Etienne en 9,5mm, puis développait la pellicule pour projeter ses images place de l’Hôtel de ville en soirée.

On pouvait trouver chez lui toutes les innovations du cinéma d’amateur et l’objectif Delrama qu’on plaçait devant l’objectif de la caméra condensait l’image pour le restituer en 16/9 à la projection.

Et alors ce ‘HIBOU’ quand arrive-t-il ?

De 1959 à 1962 j’ai dû franchir la Méditerranée comme de nombreux appelés pour aller faire mon devoir en Algérie comme on disait alors.

J’avais emporté ma caméra 8mm et j’ai pu enregistrer plus d’une heure de rushes que je n’ai pas montés ; mon idée première était de faire un document qui  se serait appeler :’ICI LA JUNGLE’.mais je ne désespère pas de raconter mon séjour algérien….

À  mon retour en France en février 1962,juste avant l’indépendance de l’Algérie, j’ai été nommé instituteur à l’école du Cours Fauriel .

Ma classe se trouvait à côté de celle de Jean DUPERRAY,ce fut un véritable bonheur d’écouter ce fervent militant syndicaliste doublé d’une imagination hors du commun et voulant toujours faire partager ses lectures,ses écrits,ses coups de cœur,ses enthousiasmes,ses amis.Grâce à lui j’ai découvert Albert Camus Marcel Allain le père de Fantomas,André Breton,les peintres LouisMessonnier -Alexis Bobichon…

Comme je souhaitais me rendre en Espagne en touriste pendant les vacances d’été ,il me proposa d’en ramener des images pour témoigner sur le régime franquiste.Il me procura par l’intermédiaire des syndicats enseignants et des Anarco-syndicalistes de la pellicule 16mm.

Au retour de ce voyage avec mes quatre amis nous avions collecté sans difficulté,suffisamment de plans pour monter un documentaire que nous avons appelé:

ESPAGNE,TU ME FAIS MAL »( 20minutes noir et blanc 16mm)

https://vimeo.com/41925409/settings

Articles de presse parus en 1964

-LA BICYCLETTE ENCHANTÉE. (1966 .16mm couleurs 20minutes)

J’ai réalisé ce film avec ma classe de CM2 de l’école de Villeboeuf-le-Haut.C’ est une des premières expériences de cinéma  que j’ai pu faire avec des élèves dans le cadre de ma classe et ceci avec le soutien de l’IDEN Paul Guyot qui a mis à ma disposition un jeune élève-maître Jean-Claude Rivat pendant tout le tournage c’est à dire pendant les 15 derniers jours de l’année scolaire.

La conception du film,scénario,découpage,entrait dans le travail scolaire et c’est à partir de ces premières recherches qu’une véritable pédagogie du langage cinématographique s’est mise en place au cours du temps et a pu se développer grâce au CINÉ-JEUNES STÉPHANOIS qui fait l’objet d’un chapitre particulier.

Dessin de François Chanal

J’ai déjà eu l’occasion de présenter cette petite histoire du Ciné-Jeunes Stéphanois à Forez-Info, mais aujourd’hui je voudrais préciser le lien qui existe entre la photo de Jackie Coogan et le logo de notre Ciné-Jeunes.

Au cours des années 68 , les élèves-maîtres me rendaient visite dans mon bureau de la Fédération des Oeuvres Laïques pour préparer les animations du ciné-club IMAGE ET SON , installé à l’amicale Laïque de Villeboeuf-le-Haut.Ils fabriquaient des affiches et parmi eux,il y avait un élève particulièrement doué en dessin,François Chanal qui eut l’idée heureuse de proposer la tête moderne du Kid de Chaplin que nous programmions.

On peut faire remonter l’origine du Ciné-Jeunes Stéphanois aux années 1955/56. A cette époque, les jeudis offraient, dans le cadre des patronages laïques, des projections de films, prêtés gracieusement par la Cinémathèque de Saint-Etienne. Mais les films proposés aux jeunes enfants n’étaient pas des oeuvres suffisamment intéressantes au goût des enseignants cinéphiles qui encadraient ces après-midis.

Devant l’insuffisance de la programmation, deux insituteurs passionnés, aujourd’hui décédés, Aimé Tavaud et Lucien Levy, décidèrent d’adhérer à la Fédération Jean Vigo. Celle-ci avait à son catalogue des films des pays de l’Est produits avec des studios spécialisés pour séduire un jeune public; c’est ainsi qu’ils firent découvrir les films de Trinka et Pojar *. Les séances qu’ils présentaient à la salle de l’Amicale laïque de Tardy étaient accompagnées d’une présentation, d’un débat et d’une fiche documentaire qu’illustrait, avec beaucoup de talent, Pierre Zellmeyer*.

Le cinéma entre dans l’emploi du temps

L’ambition d’Aimé Tavaud et Lucien Levy fut d’organiser des projections pendant l’horaire scolaire et, pour y parvenir, il fallait convaincre les collègues, les parents et l’administration de l’importance de l’image et du film dans l’univers des enfants et de tous les partis que l’on pouvait tirer d’une telle pratique.

Pour répondre très vite aux critiques qu’Eugène Reboul, pionnier du cinéma à l’école comme moyen pédagogique avait déjà rencontrées dès 1926 – vous vous amusez, ce n’est pas sérieux – il a fallu mettre en place une programmation irréprochable, assortie d’une documentation qui ouvrait des pistes de travail dans toutes les disciplines de l’enseignement. C’est à ce prix que le Ciné-Jeunes Stéphanois a pu se développer et toucher près de 4000 élèves dans les années 70.


Il faut dire aussi que, depuis 1946, la Cinémathèque n’était plus dirigée par un inspecteur ni par un instituteur, et sa direction était abandonnée à des employés municipaux qui ne s’occupaient que du prêt et de l’entretien des copies pour les patronages et les associations qui utilisaient le film comme moyen d’alimenter leur caisse. Dans cette restructuration, le passage du 35 mm au 16 mm comme format de diffusion s’est très mal fait: on n’a jamais retrouvé, par la suite, l’équipement qu’avaient toutes les écoles de Saint-Etienne avec un projecteur 35 mm Phoebus.


En 1967, un nouveau secrétaire général

En 1967, Aimé Tavaud, alors secrétaire, change de département, et c’est à ce moment-là que je fus détaché à la Fédération des Oeuvres Laïques de la Loire (FOL), pour prendre en charge son secteur cinéma (U.F.O.L.E.I.S) en perte de vitesse derrière la Fédération Française des Ciné-Clubs, la Fédération Jean Vigo et la  Fédération Loisirs et Culture Catholiques.

Nommé au poste de secrétaire général du CJS, mon rôle a été de mettre en place une organisation qui donnait au cinéma une place prépondérante dans la pratique pédagogique des instituteurs. Chaque film était accompagné d’une fiche pour que l’enfant spectateur puisse considérer la séance de cinéma non plus comme un moment récréatif mais une fenêtre ouverte sur d’autres connaissances. Je dois écrire  aussi que j’ai été secondé dans ma tâche par des inspecteurs cinéphiles qui ont très bien compris l’enjeu, par exemple Messieurs Blanc et Guyot, puis Monsieur Daubresse directeur de l’Ecole Normale  pour la création de la salle du « France »;mais c’est encore une autre histoire qui fera l’objet d’un article particulier sur la création de l’association des Amis du Bon Cinéma et de l’animation de la salle du France.

Pendant cette période de 1967 à 1970,j’assurais la formation en audio-visuel des élèves instituteurs.Dans des ateliers nous réalisions des films qui entraient dans la notation de leur diplôme de fin d’année.Voici plusieurs exemples de ces travaux.

LA VISITE DU PHOTOGRAPHE

Voici l’un  des films le plus abouti du Ciné-Jeunes Stéphanois,il a été réalisé dans la classe du CM2 de Louis Chardon en 1981:

TIMOTHEE LE REVEUR

Il y a eu beaucoup d’autres productions dans les écoles publiques de Saint-Etienne entre 1965 et 1990.


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